Les plus belles fenêtres pour regarder tomber la pluie.

A khubette’s life/Dessine moi un expat – dessin du 17 août… 2016 (!)

Elle est bien loin l’époque bénie des ploufs dans les lacs et des tenues légères – révolue, passée aux oubliettes. Wait, a-t-elle même déjà existé ?
Alors que la tempête s’annonce, je vous livre en exclusivité mes repères gezellig pour regarder la pluie tomber et cliqueter derrière la vitre.

 

1) Toujours plus d’eau : la piscine de Marnix

Histoire de conjurer le sort – ou quitte à être trempé jusqu’aux os – pourquoi ne pas aller faire un plouf et des longueurs en longeant le canal. Entre deux respirations on entend l’orage gronder et on se dit que vraiment on est mieux dans un bain chauffé !

©Govert Driessen

 

2) En transpirant : dans un sauna

Quoi de plus chouette qu’entendre et voir la pluie tambouriner à l’extérieur quand on suffoque à l’intérieur ?
Plusieurs options me viennent en tête : le si mignon Wellness 1926 dans l’Est, aménagé dans une maison mitoyenne à une église et dont l’espace de repos jouit d’une vue agréable sur le petit jardinet, grâce à une grande baie vitrée.

Plus hippie, moins design, moins pudique – je vous en parle régulièrement dans les suggestions de la semaine – depuis la petite fenêtre de la caravane-sauna dominicale de la terrasse du café De Ruimte vous pouvez regarder tomber la pluie ou ondoyer le feu de joie, c’est au choix !

Et si cette option ne vous dit pas plus que ça, sachez qu’il y a aussi d’immenses fenêtres et de bonnes bières là haut dans le café, qu’on appelle même la  »tour de contrôle » !

 

3) Avec un bon bouquin

La grande bibliothèque municipale d’Amsterdam est un chef d’oeuvre que l’on vient visiter du monde entier ! Cette grande tour de verre est tellement agréable qu’on pourrait y passer des journées entières. Des poufs, des canapés et des lits à tous les étages surplombent la ville & l’eau suspendues à vos pieds. Et au dernier étage, un chouette self-service donne sur la terrasse.

 

4) En se cultivant dans un musée

Les  »sur-facades » en verre sont monnaie courante sur Amsterdam. La plus connue est bien sur la gigantesque appendice de verre et de céramique du Stedelijk-museum (Musée d’art contemporain) – mais saviez-vous qu’à deux pas l’aile gauche du Concertgebouw a reçu la même grâce ?

Stedelijk Museum
Concertgebouw

L’Oeil de verre d’Amsterdam : Futuriste dès sa genèse, l’architecture concentrique du Eye-Filmmuseum en fait un vaisseau qui surplombe les flots de l’IJ (et où il fait bon boire un café !).
– J’aime beaucoup les mirettes, mais dans ce cas précis pour moi c’est un bateau !

Eye Filmuseum

A l’horizontale cette fois, et 180degrés au-dessus de nos têtes le plafond de verre du Scheepvaartmuseum (Musée de la Marine) ressemble à une voute céleste qui ne se lasse pas de nous envouter…

 

5) En écoutant de la musique

C’est un palais de verre qui borde les flots, un temple de toutes les musiques, un pari audacieux et tenu : celui d’une institution qui ne se restreint ni à un genre ni à un public.
La simplicité du Muziekgebouw est déconcertante, pourtant son architecture peut impressionner. D’une hauteur de plus de 25 mètres, le Muziekgebouw est l’œuvre du cabinet d’architecture danois 3XN. Les grandes parois de verre qui le dessinent flirtent avec les reflets du fleuve IJ et offrent une vue imprenable sur le port d’Amsterdam, la gare centrale et le Nord. A l’intérieur se distinguent cinq niveaux, et le grand hall de l’entrée semble nous entraîner loin au-dessous de l’eau.
On va donc y écouter du jazz un verre à la main avec vue sur la ville, mais aussi vibrer à l’écoute de grandes voix classiques, se laisser porter par l’émotion des ondes électros ou encore danser sur le vaste éventail des musiques du monde… Et la terrasse du café/restaurant est surement l’une des plus belles de la ville !

 

6) En tourbillonnant jusqu’à perdre haleine

Faites donc un tour un vendredi soir dans les îles nouvelles de l’Est. Cherchez les lueurs du Kompaszaal, cet élégant établissement qui accueille régulièrement des soirées swing & lindy-hop.
Les paillettes, les bougies, les éclats de rire et les robes à pois se réverbèrent sur les grandes verrières et c’est magique.

(Jocker : si danser n’est pas votre truc, en savourant votre cocktail tentez de percer à jour la jolie clown burlesque qui se dissimule sous derrière ses fringues vintage… Vous la trouvez, une soirée surprenante – voire rocambolesque ! – vous est assurée !)

 

7) En se pourléchant les babines !

Extrêmement classe : allez diner sous la serre. Non non, je ne vous parle pas de mon bien-aimé Noorderlicht (il viendra, soyez-en assurés!) mais bien du restaurant gastronomique De Kas, dans le Frankendael park.
Le restaurant offre un menu unique, en fonction des produits de saison cultivés sous la serre et dans le jardin qui l’entoure. C’est savoureux… et qu’est ce que c’est beau !

Classe, mais plus abordable – et entouré de flamants roses ! Le restaurant De Plantage donne dans le zoo, une simple vitre sépare votre risotto du grand échassier au long cou (et si un gentleman vous y invite un dimanche soir, vous lui en serez redevable à vie !)

Plus décontracté mais toujours improbable, on ne présente plus le Pllek. Ce restaurant/hot-spot du Nord a élu domicile dans des containers et une grande façade vitrée donne sur la plage urbaine et les rives de l’IJ. On y mange très bien, mais on s’y fait aussi une toile ou un concert, et parfois on rêvasse en pleine après-midi avachi sur les canapés en cuir ou les estrades à coussins.

Et plus à l’Ouest enfin,  c’est sous la haute toiture de verre d’une ancienne gare de tramways que la jeunesse branchée vient gouter des p’tites bouchées de gastronomies variées, au Food-Hallen !

 

8) En se noyant dans l’ambre liquide, pour oublier la pluie…

Parce que c’est quand même la meilleure des options ! Où s’enivrer vaillamment pour affronter les hectolitres de flotte qui nous tomberont sur le dos de la cape de pluie au moment du retour ?

Une belle option selon moi : Mediamatic.

Articuler l’art, la nature et les (bio)technologies : c’est le défi que s’est lancé Mediamatic depuis 1983. Outre la galerie d’art, elle comprend un joli jardin, une micro-brasserie, deux bateaux arrivés de Lampedusa, et un restaurant directement approvisionné par la serre et ses techniques d’aquaponique. Mais moi c’est bel et bien sa bière sous la verrière qui me met en l’air !

Echt amsterdammer ! Au coeur du Jordaan, pressez-vous au Café de Tuin un soir de week-end. Dans ce bar qui a vu défiler la jeunesse de la ville depuis des décennies, c’est Jaapie qui a fait la verrière de la salle du fond. Pour finir la soirée en beauté ou séduire une jolie irlandaise, le Tuin & ses clartés seront votre allié, in-fail-lible !

Et puis au Noorderlicht natuurlijk ! Dans la serre du Nord cette fois, vachement moins  »high standing » que le Kas mais tellement charmante et accueillante – un vrai cocon, un phare un bateau un mirage un rivage… avant le prochain orage !

Livre d’été pluvieux sur Amsterdam – Miniaturiste, de Jessie Burton

Les mots sont comme de l’eau, dans cette ville, Nella. Une goutte de rumeur pourrait tous nous noyer.

Alors que l’été ne cesse de faire grise mine il me semble de bon ton de partager un conseil lecture, à savourer sous un plaid devant un thé fumant.

Maison de poupées

Miniaturiste connait un succès non-démenti depuis sa sortie en 2013. Et sa genèse vous parlera surement, si vous avez déjà visité le Rijksmuseum.


En visite dans notre Venise du Nord, la britannique Jessie Burton tombe en fascination devant la maison de poupée exposée au Rijksmuseum. Jusque là, rien d’insolite : cette œuvre touchante, réjouissante et délicate fait -presque- concurrence à la Ronde de Nuit, si l’on fait le décompte des visiteurs agglutinés devant !

La maison de poupées n’a rien d’un jeu d’enfant. Il s’agit d’une pièce haute de 2,55 m sur 1,90 m qui comprend 9 pièces, reproduisant à la perfection l’intérieur d’une demeure hollandaise cossue du XVIIe siècle, située sur la Warmoesstraat.

 

Les matériaux sont d’origine : les assiettes en porcelaine de Chine, les paniers en osier, etc. Si l’estimation exacte du cout de la confection reste approximative (entre 700 et 1200 florins), tout le monde s’accorde à dire qu’un tel bijou valait bien autant qu’une maison grandeur nature. Déjà célèbre au XVIIIe siècle, la maison de poupée d’Oortman a été achetée par l’État en 1821 et acquise par le Rijksmuseum en 1875. Une peinture de la maison de poupée a été faite en 1710 par Jacob Appel. Tout le monde accourait pour l’admirer, même le tsar Pierre 1er est venu de Russie.

Petronella Oortman et l’Amsterdam du Siècle d’Or

On en sait pourtant très peu de la propriétaire de la maison de poupée, Petronella Oortman, épouse du riche marchand Johannes Brandt. Qu’est-ce qui avait pu pousser une femme à consacrer tant d’argent et de temps à une maison de poupée ? Que racontait celle-ci à propos du Siècle d’or néerlandais ?

C’est là que la plume de Jessie Burton intervient.

En laissant libre court à son imagination, l’auteure raconte de sa plume ciselée et délicate la brumeuse Amsterdam du XVIIè siècle. Elle nous conte ses rues, ses odeurs et ses carcans. Suivant le regard de cette jeune provinciale bien vite désillusionnée par son mariage, Burton nous offre une vision en mosaïque d’une société figée… dans laquelle chacun se retrouve vite pris au piège de son statut.

 »(…) vous poursuivez en louant l’indéniable et remarquable travail de l’auteur sur les atmosphères du roman, tant en ce qui concerne la maison elle-même, évidemment un brin inquiétante comme une demeure de roman gothique, que pour les scènes d’extérieur qui ponctuent le roman et font resplendir les ors de la capitale hollandaise tout en laissant la part belle à une explosion de senteurs et de saveurs venues de ses colonies. Ne manquez pas cependant de préciser que ces scènes-là, si elles empêchent le roman d’être tout à fait un huis-clos, renforcent cependant son côté oppressant, tant les jeux de regard, dans cette société puritaine et guidée par l’appât du gain, constituent un carcan encore plus rigide que les murs de la maison Brandt. » Les Carnets du Professeur Platypus

Si les références à Ibsen, Austen et Atwood raviront les plus littéraires d’entre vous, ne vous laissez pas rebuter par le contexte historique : les personnages sont complexes, denses ; l’intrigue envoutante et l’écriture rythmée. Un bon livre d’été !
(Et bien que la traduction soit bonne, si vous avez l’occasion de le lire en anglais, foncez !)